Résumé:
La paralysie des nerfs crâniens et l’hématome cérébral sont les unes des
principales complications de la chirurgie tumorale de l’angle ponto-cérébelleux(APC)
et/ou du conduit auditif interne(CAI). La détente cérébrale serait un facteur limitant
l’apparition de ces complications. La technique anesthésique modifie la pression
intracrânienne et pourrait de ce fait intervenir directement dans l’incidence des
paralysies des nerfs crâniens et de l’hématome cérébral .Une stratégie anesthésique
dédiée à la détente cérébrale et à la diminution du saignement per opératoire par
anesthésie intraveineuse totale diminuerait l’incidence de ces complications par rapport
à une anesthésie par les halogénés.
L’objectif de l’étude est de mesurer l’incidence des complications
postopératoires dans la chirurgie tumorale de l’APC et/ou du CAI selon la technique
anesthésique utilisée.
PATIENTS ET METHODES :
C’est une étude cohorte, multicentrique, concernant 119 patients opérés entre
2007 et 2017 pour une tumeur du CAI et/ou de l’APC au niveau du service ORL du
CHU de Blida et de l’hôpital Ait Idir à Alger. Les patients présentant une complication
neurochirurgicale des affections de l’oreille moyenne sont exclus de l’étude.
Les patients sont répartis en 2 groupes, le groupe A pour l’anesthésie
intraveineuse(TIVA) les jours pairs et le groupe B pour l’anesthésie par halogénés les
jours impairs. Les complications sont consignées sur la base de données.
La comparaison des pourcentages est effectuée par le test de Khi- Deux ou le test de
Fisher, le seuil de signification retenu est de 5%.
RESULTATS :
la population d’étude est jeune, l’âge est compris entre 30 et 60 ans, le sexe
féminin est prédominant avec un sexe ratio de 0,54, 54% des patients sont classés ASA
I, 84% des patients sont opérés pour un neurinome du VIII dont 68% sont des tumeurs
volumineuses classées stade IV de Koos. En fin d’analyse uni variée, on a retrouvé des
différences statistiques significatives entre le protocole anesthésique utilisé et a) le
décès, b) l’hématome de l’APC, c) l’hypertension artérielle postopératoire, d) la détente
cérébrale, e) la paralysie des nerfs mixtes.
DISCUSSION :
a) il y a une différence peu significative entre les paramètres hémodynamiques
obtenus lors de l’entretien de l’anesthésie par le sévoflurane ou le propofol en
mode TIVA.
b) il y a une différence significative entre la détente cérébrale obtenue lors de
l’entretien de l’anesthésie par le propofol en mode TIVA ou le sévoflurane.
Cette différence montre une supériorité du propofol en mode TIVA qui permet
une pression intracrânienne plus basse. D’un autre côté, le sévoflurane n’altère
l’autorégulation cérébrale qu’à partir de 1,5 MAC. Il n’augmente pas la pression
intracrânienne en deçà de ces limites.
c) il y a une différence significative entre la survenue de complications
postopératoires (HTA, hématome de l’APC et paralysie des nerfs mixtes)
obtenues lors de l’entretien de l’anesthésie par le sévoflurane ou le propofol en
mode TIVA. Cette différence montre une supériorité du sévoflurane qui prévient
mieux l’ HTA postopératoire pourvoyeuse d’hématome de l’APC qui est une
véritable urgence qui engage le pronostic vital, et prévient mieux la paralysie des
nerfs mixtes pourvoyeuse de fausses routes et de complications pulmonaires
graves. Il est logique qu’en toute absence d’hypertension intracrânienne, le
sévoflurane est recommandé dans l’entretien de l’anesthésie en oto
neurochirurgie.