Résumé:
L’insuffisance rénale aiguë (IRA) constitue une complication fréquente et
redoutée en réanimation, affectant jusqu'à 50 % des patients critiques. Elle est associée à une
morbimortalité importante et à l’augmentation du coût des soins. Malgrés l’amélioration des
stratégies de prise en charge, le diagnostic d’IRA repose encore largement sur la créatininémie
et le débit urinaire, des indicateurs tardifs et peu spécifiques. Ce décalage diagnostique limite
la possibilité d'une intervention précoce. Dans ce contexte, la recherche de biomarqueurs
précoces, sensibles et spécifiques de l’IRA est devenue une priorité. Parmi les candidats
prometteurs, le Neutrophil Gelatinase-Associated Lipocalin (NGAL) a suscité un intérêt
croissant. Libéré précocement en réponse à une agression rénale, notamment au niveau des
cellules tubulaires, le NGAL pourrait permettre de détecter une IRA bien avant la hausse de la
créatinine, ouvrant la voie à une prise en charge plus rapide et ciblée. Cette introduction du
NGAL dans la pratique clinique soulève néanmoins des questions quant à ses performances
prédictives en contexte de pathologies multiples
Objectif : L’objectif principal de notre travail était de déterminer les performances du NGAL
dans la prédiction de l’atteinte rénale aigue dans une population hétérogène de malades admis en unité de soins intensifs. Les objectifs secondaires étaient de Comparer ses caractéristiques
prédictives avec celle de l’ancien marqueur conventionnellement utilisé qui est la créatinine et
un autre nouveau marqueur aussi prometteur qui est la Cystatine C, et étudier la possibilité de
les associer pour une meilleure performance, également déterminer sa valeur prédictive de
dialyse et de mortalité à court terme
Matériel et méthodes : il s’agit d’une étude de cohorte à recrutement prospectif de tous les
malades âgés de plus de 18 ans et admis en unité de soins intensifs du CHU Blida, durant une
période allant de mars 2021 à Mars 2023. Les patients répondant aux critères d’inclusion ont
bénéficié d’un bilan biochimique et hématologique à admission en plus d’un dosage de NGAL
(par ELISA) et de la Cystatine C à l’admission et à 24H. Les malades ont été suivis pendant
sept jours. Le résultat primaire était l’incidence d’IRA selon les critères KDIGO, le second était
le recours au traitement de suppléance et la mortalité. L’étude statistique a été faite par le
logiciel IBM SPSS statistics20, l’XLSTAT 2024, et le GraphPad Prism
Résultats : 476 patients ont été recrutés, l’âge moyen était de 54 ans (ET=20,58) avec un sexe
ratio de 1,32. Notre nouveau biomarqueur (NGAL plasmatique) testé, était corrélé à certaines
comorbidités notamment le sepsis, et certaines paramètres biologiques notamment les
paramètres du bilan rénal (Cystatine C, créatinine) mais aussi au taux de globules blancs et la
calcémie. L’incidence d’IRA dans notre cohorte était de 50% Les taux de NGAL plasmatique
à l’admission (NGAL0) et à 24H (NGAL1) étaient plus élevés chez les malades ayant
développé une IRA. Une association significative entre NGAL et l’IRA a été retrouvé en étude
bivariée (OR brut =15,26(9,77-23,85) pour NGAL0 et OR brut= 10,92(5,94-20,08) pour
NGAL1, cette association était plus forte que celle des deux autres biomarqueurs à savoir la
Cystatine C et la créatinine, et a persisté même après ajustement aux différents facteurs de
confusion avec un RR= 2,74(1,25-5,98). L’étude de ses performances prédictives a donné pour
un cut-off de 215ng/ml de NGAL0 et 210 ng/ml de NGAL1 une AUC= 0,86 et 0,83
respectivement. Comparé à la Cystatine C et la créatinine, le NGAL avait la meilleur AUC et
donc le meilleur pouvoir discriminant. L’association de NGAL à la Cystatine C dans un modèle
combiné a amélioré ses performances prédictive avec une AUC= 0,888 et un RR= 2,41(1,19- 4,87). Pour le recours au traitement de suppléance les taux de NGAL était plus élevés chez les
malades dialysés que les non dialysés, cependant il avait le plus faible pouvoir discriminant
AUC=0,66 (0,565-0,764) pour un cut-off de 272ng/ml, son association avec la Cystatine C a
amélioré ses performances sans pour autant dépassé celles de la Cystatine C seule, en outre il
n’était pas indépendamment associé au recours au traitement de suppléance. Concernant la
prédiction de mortalité, et malgré des taux de NGAL significativement plus élevés chez les
décédés que les survivants, le NGAL n’était pas indépendamment associé à la mortalité chez la
population totale, et son pouvoir discriminant était faible, pour NGAL0 (AUC =0,657) et
NGAL1 (AUC=0,577).
Conclusion : notre étude a démontré le rôle du NGAL plasmatique dans le diagnostic précoce
de l’IRA, le NGAL étant une protéine lésionnelle, ses taux se voient augmenter avant
l’installation de la défaillance fonctionnelle, en outre, son association à un biomarqueur
fonctionnelle améliore son pouvoir discriminant dans la prédiction d’IRA. Cependant son rôle
dans la prédiction du pronostic (recours au traitement de suppléance et mortalité) reste
controversé.